Appel à communications : Journée d’études « Laughing Matters » du 25 juin 2026

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26 juin 2026, Maison de la Recherche (28 rue Serpente, 75006 Paris), Amphi Molinié.
Abstract : 300 mots + notice bio-bibliographique
Date limite d’envoi des abstracts : 15 février 2026.
Date de réponse : 16 mars 2026.
Cette journée s’adresse particulièrement aux jeunes chercheur.se.s et doctorant.e.s. Les communications, en français ou en anglais, dureront vingt minutes. Une sélection d’articles, retravaillés pour publication, pourra paraître dans Sillages Critiques à l’issue de cette journée d’études. À envoyer à : laboratoire.ovale@gmail.com

La littérature n’est généralement pas considérée comme « une matière à rire » (laughing matter). Traditionnellement, les chercheurs et les critiques l’ont abordée avec un tel sérieux qu’on a laissé entendre que l’humour et la comédie étaient des préoccupations secondaires, voire des distractions directes par rapport à des sujets (matter) plus sérieux. L’adjectif participial « laughing » met en évidence la nature dynamique du rire en tant que réponse active et viscérale –un engagement immédiat, corporel et partagé avec l’humour et la comédie du texte. Si les mécanismes à l’origine du rire, comme la libération de la tension ou l’activation de certaines voies neuronales, se sont éclaircis au fil du temps, le pourquoi précis du rire résiste à une théorie unifiée et exhaustive, comme le suggère la forme plurielle de « matters ». Jouant sur le double sens de matter, matière, et de to matter, être important, la journée d’études « laughing matters » soulève une question centrale : les œuvres littéraires et artistiques sont-elles matières à rire ?

Parce qu’elle est l’exact opposé du genre souverain de la tragédie, la comédie souffre souvent d’un mépris académique et critique, parfois même populaire. La farce et le grivois, qui reposent sur l’humour physique et les blagues grossières, ont longtemps été associés au divertissement des classes populaires, comme c’est le cas pour l’humour burlesque de certaines comédies de Shakespeare comme Les Joyeuses Commères de Windsor (1602), ou des comédies « slasptick » des années 30. Pourtant, la comédie est d’une richesse infinie, notamment parce qu’elle repose sur un besoin et un réflexe humains, partagés par tous et toutes : le rire. Nous ne rions pas toujours de la même chose, certaines plaisanteries peuvent se perdre à la traduction, mais nous pouvons tout de même rire à gorge déployée devant les pièces anglaises de la Renaissance, les situation comedies (sitcoms) américaines ou les stand-ups internationaux. C’est là la première force du rire : il dépasse les frontières, ce qui en fait un sujet de recherche prometteur tant pour les chercheurs et chercheuses en langues étrangères ou en littérature générale et comparée, que pour les linguistes, voire les historiens et les anthropologues. Car indéniablement, le rire reflète une position historique et sociale (Oveis et al, 2016).

Rire au bon moment sert de marqueur d’inclusion ou d’exclusion des cercles sociaux – comprendre une plaisanterie revient, en substance, à appartenir à une communauté et à revendiquer cette appartenance (Bergson, 1900). À l’inverse, rire à l’encontre de quelqu’un ou d’un groupe, c’est signaler sa différence et son infériorité supposée. Si l’humour ne peut pas toujours être pris à la légère, c’est parce qu’il peut perpétuer des stéréotypes négatifs et contribuer ainsi à entretenir différentes formes de marginalisation et de violence, au profit de l’ordre social établi. Pourtant, la réception de ces stéréotypes change au fil du temps, non sans tensions ni crispations, témoignage de l’évolution de perception de ces sujets sensibles dans la société. Par exemple, si le personnage de Lincoln Perry, Stepin Fetchit – un homme noir surnommé « l’homme le plus paresseux du monde » – pouvait faire rire dans les années 30, c’est heureusement moins le cas aujourd’hui. De la même façon, l’humour peut être utilisé par ces mêmes groupes marginalisés pour renverser la rhétorique du système dominant et en faire une arme de résistance. La satire, la parodie et la caricature sont autant de moyens par lesquels l’humour peut être utilisé pour commenter et dénoncer des situations politiques, sociales ou personnelles. Subversif, le rire peut s’avérer dangereux pour celles et ceux qui osent l’utiliser contre les puissants. Les artistes engagés, de Jonathan Swift aux chroniqueurs radio, s’exposent à la censure ou la persécution de ceux qu’ils tentent de ridiculiser.

Enfin, si le rire s’impose par sa dimension sociale et politique, il repose bien souvent sur une forme de génie littéraire. Car c’est bien le sens du mot juste, accompagné sur scène par la diction, le jeu et la mise en scène, qui provoque le rire du spectateur. Il en va de même dans un roman, où la situation des personnages et la saveur des dialogues peuvent faire sourire, rougir et rugir le lecteur ou la lectrice. Le rire peut aussi survenir lorsque le texte aménage un effet de surprise grâce à un décalage humoristique avec l’horizon d’attente du public. Les ressorts du comique sont variés, du jeu de mot aux répétitions en passant par les ellipses, et font du texte littéraire un terrain de jeu pour les auteurs et autrices qui transforment les mots et les silences en éclats de rire. Le sens de l’humour des écrivain.e.s et leur capacité à s’adresser à celui de leur public est une dimension centrale de l’esthétique des textes, qu’il convient d’étudier avec la même rigueur que les alexandrins classiques.

Conclusion d’un cycle de deux ans de séminaires organisés par les doctorant.e.s de l’unité de recherche VALE (Voix Anglophones : Littérature et Esthétique – UR 4085) de Sorbonne Université, cette journée d’études « Laughing Matters » vise à interroger comment les auteurs et les autrices anglophones se sont emparés du risible, des implications du rire et ses fonctions, ainsi que sa richesse : le rire laisse place souvent à des rires subversifs, politiques, littéraires et visuels qui se mêlent au sein d’une même œuvre. Pour cette journée d’études, une diversité d’approche est vivement encouragée : toutes les aires géographiques et culturelles anglophones sont acceptées, ainsi que toutes les formes artistiques – littérature, cinéma, musique… Les communications pourront porter, à titre d’exemple, sur les axes de recherche suivants :

  • Rire ou ne pas rire : peut-on rire de tout ?
  • Rire de ou rire avec : l’humour comme marqueur social, outil d’exclusion ou d’inclusion.
  • Le rire politique : l’humour comme arme de subversion.
  • Faire rire : quels sont les ressorts comiques et mécanismes littéraires, linguistiques ?
  • Le rire en décalage : le rire comme réponse à une situation tendue, tragique ou
    dangereuse.
  • Le rire désarmé et désarmant : le rire comme réaction incontrôlée, le rire pour diffuser
    la tension, pour rétablir un équilibre ou faire état d’une transition – d’une atmosphère à
    une autre.

Les propositions (300 mots + bio-bibliographie de 150 mots) doivent être adressées avant le 15 février 2026 à laboratoire.ovale@gmail.com, en français ou en anglais. Les interventions individuelles sont les bienvenues, de même que les interventions à plusieurs voix. Nous encourageons vivement les doctorant.e.s et jeunes chercheur.se.s à participer.

Cet article a été écrit par Francis