{"id":5449,"date":"2026-09-26T12:46:52","date_gmt":"2026-09-26T10:46:52","guid":{"rendered":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/?p=5449"},"modified":"2026-09-26T12:46:52","modified_gmt":"2026-09-26T10:46:52","slug":"ce-qui-se-joue-de-caroline-hinault-le-rouergue-19-08-26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/2026\/09\/26\/ce-qui-se-joue-de-caroline-hinault-le-rouergue-19-08-26\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Ce qui se joue\u00a0\u00bb de Caroline Hinault (Le Rouergue -19\/08\/26)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-23163 alignleft\" src=\"https:\/\/francis-mizio.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/hinault.webp\" alt=\"\" width=\"342\" height=\"500\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4067 alignleft\" src=\"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/comicoscore-A-2.png\" alt=\"\" width=\"109\" height=\"199\" \/>C&rsquo;est un roman qui est pr\u00e9sent\u00e9 vite fait par la presse en g\u00e9n\u00e9ral comme une farce insolite (en gros : \u00ab\u00a0un virus attaque les enseignants et les rend aphasiques : c&rsquo;est une id\u00e9e rigolote\u00a0\u00bb) et se retrouve pr\u00e9sent\u00e9 et alors analys\u00e9 comme tel (me semble-t-il) par les lectrices et lecteurs (<a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Hinault-Ce-qui-se-joue\/2040956\/critiques#!\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par exemple sur Babelio<\/a>) qui, sans sortir de ce cadre, en chipotent alors seulement la structure, le suspens, l&rsquo;intrigue, etc. m\u00eame s&rsquo;ils ou elles semblent l&rsquo;avoir beaucoup\u00a0 appr\u00e9ci\u00e9. Et forc\u00e9ment si on part du postulat que ce n&rsquo;est qu&rsquo;un roman, il peut para\u00eetre curieusement fichu&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord, \u00e7a parle de quoi ?\u00a0 <span style=\"color: #800000;\"><strong>Pr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00e9diteur : <\/strong><\/span><em>Le Fatum, un myst\u00e9rieux virus qui s&rsquo;attaque au langage et provoque l&rsquo;aphasie, se r\u00e9pand dans la soci\u00e9t\u00e9. Les enseignants sont les premiers frapp\u00e9s. Pour les pouvoirs publics, il y a urgence \u00e0 enrayer la progression de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie et \u00e0 comprendre ce qui se joue particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Reverdy, fonctionnaire attach\u00e9 au cabinet de la ministre, est donc envoy\u00e9 en observation dans la classe de Monia Boukary, bouillonnante enseignante d&rsquo;un lyc\u00e9e, berceau du patient z\u00e9ro.<\/em><br \/>\n<em>Dans ce texte \u00e9blouissant, plein d&rsquo;humour et de panache, qui joue de toutes les ressources de l&rsquo;\u00e9criture, passant de la prose \u00e0 la po\u00e9sie, du roman au th\u00e9\u00e2tre, Caroline Hinault met au coeur de son intrigue la puissance prot\u00e9iforme du langage.<\/em><br \/>\n<em>Dans quel monde vivrons-nous si nous ne poss\u00e9dons pas les mots pour le dire, l&rsquo;imaginer et le comprendre ? Comment se saisir soi-m\u00eame et construire son rapport \u00e0 l&rsquo;autre sans langage ? Quels seront nos liens si nous cessons de tenir parole et d\u00e9truisons le sens des mots ? Sur ces enjeux br\u00fblants, Caroline Hinault nous emporte avec jubilation dans un roman dont on sort plus \u00e9clair\u00e9 et plus fort.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que de me lancer dans une critique longue, je vais me contenter de lister ce qu&rsquo;est vraiment ce livre remarquable :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Un roman satirique de SF soci\u00e9tale s&rsquo;inspirant de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de covid (\u00e0 l&rsquo;intrigue pr\u00e9texte, tenue sans plus, mais peu importe).<br \/>\n&#8211; Une m\u00e9taphore de la gr\u00e8ve, de la d\u00e9mission cognitive, de la grande fatigue, du <em>quiet quitting<\/em> des corps enseignant et social.<br \/>\n&#8211; Une satire de notre \u00e9poque et une analyse soci\u00e9tale.<br \/>\n&#8211; Un \u00e9tat des lieux de la profession d&rsquo;enseignant (et des cerveaux d&rsquo;enseignant) au sein d&rsquo;une administration appauvrie et en voie d&rsquo;\u00e9touffement.<br \/>\n&#8211; Une bluette (gentillette) entre deux personnages (qui ne verse heureusement pas dans le clich\u00e9<em> total love affair<\/em>), pour tenir un fil d&rsquo;intrigue.<br \/>\n&#8211; Un essai costum\u00e9 en fiction sur (entre autres, mais principalement) la condition et l&rsquo;avenir de l&rsquo;enseignement.<br \/>\n&#8211; Le journal de bord \/ reportage d&rsquo;une enseignante \u00ab\u00a0sur le terrain\u00a0\u00bb jubilatoire (si on est\/a \u00e9t\u00e9 enseignant, on constatera c&rsquo;est stup\u00e9fiant de r\u00e9alisme).<br \/>\n&#8211; Une affirmation humaniste sur le d\u00e9veloppement des \u00eatres et des esprits.<br \/>\n&#8211; Un manifeste politique : pour l&rsquo;enseignant, puis pour le service public et pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des individus et des esprits.<br \/>\n&#8211; Un manifeste esth\u00e9tique et culturel pour la litt\u00e9rature et la po\u00e9sie.<br \/>\n&#8211; Un exemple d&rsquo;ateliers d&rsquo;\u00e9critures.<br \/>\n&#8211; Des d\u00e9monstrations rh\u00e9toriques, des dialogues socratiques autour de l&rsquo;art, la litt\u00e9rature, la connaissance, la culture&#8230;<br \/>\n&#8211; Des exemples de qu&rsquo;est qu&rsquo;enseigner la litt\u00e9rature, pourquoi le faire et ce qu&rsquo;en tire l&rsquo;individus pour soi et vivre en soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n&#8211; Un exercice quasi oulipien de variations des modes de traitement du r\u00e9cit.<br \/>\n&#8211; Un recueil de personnages ou de portraits \u00e0 la Bruy\u00e8re servis par une acuit\u00e9 psychologique \u00e9patante.<br \/>\n&#8211; Un (petit) catalogue de la vivacit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise (au travers des \u00e9l\u00e8ves).<br \/>\n&#8211; Une d\u00e9claration d&rsquo;amour \u00e0 l&rsquo;enfance, la jeunesse et un ode \u00e0 la tol\u00e9rance et l&rsquo;\u00e9coute.<br \/>\n&#8211; Un exemple de d\u00e9tournements typographiques r\u00e9ussi (par exemple et entre autres : les dialogues ne sont pas \u00ab\u00a0balis\u00e9s\u00a0\u00bb conventionnellement, ce qui cr\u00e9e un effet de flux).<\/p>\n<p>Et aussi :<br \/>\n&#8211; Certainement un exutoire, une catharsis pour Carolie Hinault.<\/p>\n<p>(&#8230; on pourra compl\u00e9ter.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bref,<em> ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;un roman qui raconte comment une \u00e9pid\u00e9mie atteint des enseignants<\/em> (et d&rsquo;ailleurs, pas seulement eux) dont la chute soit dit en passant est tr\u00e8s savoureuse (soit l&rsquo;explication du seul cri pouss\u00e9 par les malades atteints du <em>Fatum<\/em> : \u00ab\u00a0Po\u00ef\u00a0\u00bb) : c&rsquo;est donc \u00e0 la fois tout ce qui se trouve ci-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Compte tenu de la masse de propos et th\u00e9matiques, on pourra le trouver long, tr\u00e8s dense et parfois l\u00e9g\u00e8rement bourratif (ou ergoter par exemple sur bien des r\u00e9flexions \u00e9mises par les \u00e9l\u00e8ves, parfois peu vraisemblables), mais fi : il y a eu chez Caroline Hinault la volont\u00e9 et la r\u00e9ussite avec talent, virtuosit\u00e9, malice, d\u00e9termination, \u00e9nergie de dire tout ce qu&rsquo;elle avait \u00e0 balancer de fa\u00e7on r\u00e9active, \u00e9pidermique mais d\u00e9velopp\u00e9e et argument\u00e9e, d&rsquo;exposer tout ce en quoi elle croit, en ayant r\u00e9ussi \u00e0 le construire <em>sous une forme globale<\/em> (il y a de quoi alimenter plusieurs ouvrages diff\u00e9rents, on l&rsquo;aura compris). Aussi, j&rsquo;imagine que l&rsquo;\u00e9diteur devant ce travail <em>visc\u00e9ral et exhaustif<\/em> n&rsquo;a pas eu le c\u0153ur de lui demander de couper (au fait, merci : il existe un donc \u00e9diteur pour publier un tel ouvrage, roman-manifeste ! C&rsquo;est si rare).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l&rsquo;intelligence aurait \u00e9t\u00e9 vraiment de lui donner cette forme de roman \/ pas roman prot\u00e9iforme, sinon cela aurait \u00e9t\u00e9 (h\u00e9las) un essai \u00ab\u00a0cri d&rsquo;alerte\u00a0\u00bb d&rsquo;enseignant de plus, et comme d&rsquo;habitude ignor\u00e9 apr\u00e8s 2\/3 articles de presse marronniers affol\u00e9s. Toutefois, je crains que <em>\u00ab\u00a0Ce qui se joue\u00a0\u00bb<\/em> ne re\u00e7oive pas l&rsquo;appui de jurys de prix. Les sujets, th\u00e8mes et propos du livre \u00e9tant trop d\u00e9rangeants, trop compliqu\u00e9s et trop peu consensuels.<br \/>\nC&rsquo;est bien ce qui se joue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un roman qui est pr\u00e9sent\u00e9 vite fait par la presse en g\u00e9n\u00e9ral comme une farce insolite (en gros : &hellip; <a href=\"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/2026\/09\/26\/ce-qui-se-joue-de-caroline-hinault-le-rouergue-19-08-26\/\" class=\"more-link\">Plus <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Ce qui se joue\u00a0\u00bb de Caroline Hinault (Le Rouergue -19\/08\/26)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5450,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-5449","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-humoristique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5449","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5449"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5449\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5451,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5449\/revisions\/5451"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5450"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5449"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5449"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vis-comica.francis-mizio.net\/vis-comica\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5449"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}